Triptyque 2018-2022                        L'Enchantement         

ou "l'égard ajusté"

 

Mais de quel enchantement parle-t-on ? Il s’agit ici de mettre en avant la dimension d’interaction au cours de laquelle des identités se mettent en résonance, construisent une relation. Ce qui va alors importer aux acteurs de cet échange, c’est avant tout d’entrer dans ce jeu pour goûter au plaisir du rapport à l’autre. L’invariant de ces relations, ce qui les caractérise, ce n’est pas l’égalitarisme abstrait, c’est qu’elles exigent toujours des égards, une compréhension de la forme de vie des autres qui tente de faire justice à leur altérité. Partout autour de soi, il y a exigence d’égards et ces derniers doivent être ajustés précisément parce que les êtres en présences sont des êtres en vérité inconnus. C’est là que tout se joue. Il faut constamment ajuster et réajuster ces égards aux réponses qu’ils nous font, à leurs manières de réagir. Ajuster exige un travail, un cheminement, un coajustement permanent, une négociation. Il s’agit de constamment recommencer l’effort pour que la relation reste juste, pour que l’accord reste juste, comme dans un orchestre. L’enchantement devient alors un artisanat pratique, une sensibilité à l’autre. L’ajusteur-enchanteur  est un artisan, un tailleur toujours prêt à retailler, à palabrer sans fin, traduire et retraduire ce qui est intraduisible, réessayer…

L’Enchantement du commerce et de l’art avec "La Théorie de l’enchantement" - coproduction l’Archipel, scène conventionnée - Conseil départemental de la Manche – spectacle créé en 2018 au Théâtre de l’Archipel de Granville coécrit  avec la compagnie Le tour du cadran implantée dans l’Oise et dirigée par Vincent et Pascal Reverte,  puis joué au festival d’Avignon en 2019 au Théâtre du Train Bleu. En explorant les marges de l’autofiction le spectacle révèle l’opposition de vue entre deux amis, l’artiste face au commerçant, qui déborde du cadre posé et les entraîne à s’interroger sur les tenants et les aboutissants de leur propre relation. Que reste-t-il de l’enchantement entre eux, ce plaisir et cette complexité du rapport à l’autre ?

L’Enchantement de la nature  avec "la petite fille et la mer" spectacle jeune public mêlant théâtre et musique - coproduction l’Archipel, scène conventionnée - Conseil départemental de la Manche. Ce conte allégorique écrit et mis en scène par Fabrice Hervé raconte l’histoire d’une petite fille qui aurait le pouvoir d’entendre et de parler avec la mer. Il y sera donc question de notre relation au vivant. Considère-t-on la nature comme un décor et un lieu de ressource immuables dans lesquels et sur lesquels nous agissons ? Ou bien pouvons-nous sentir, percevoir, comprendre et tisser des relations à l’égard de cet autre vivant ? L’enjeu pour la petite fille sera alors d’affiner son attention auprès de ces autres formes de vie qui l’entourent, de rendre visible ces habitants de plein droit du monde. Parce qu’habiter c’est toujours cohabiter. Cette communication insolite, remplie de mystères, d’énigmes et de malentendus n’aura certes pas la fluidité d’une discussion de café, mais elle n’en sera pas moins riche de sens.

 

Et enfin l’Enchantement de soi avec « Ce fou de champignon - sonate pour  un comédien, un danseur et une contrebasse » (saison 22/23) adaptation en cours d‘écriture du livre de Peter Handke, « Essai sur le fou de champignon ». Ce texte, récit d’un récit, conte désillusionné mêlant le vrai et la fiction, décrit une passion, la recherche de champignons, qui s’ancre dans l’enfance pour refaire irruption dans l’existence de l’adulte de manière spectaculaire avec la découverte inopinée d’un unique cèpe de Bordeaux (qu’il appelle tantôt sa chose, sa créature, son trésor ou encore sa licorne). Là encore il sera question d’enchantement, d’initiation, de quête de sens,  de compréhension du monde, des autres et plus précisément de la relation de soi à soi, de l’art de vivre en bonne intelligence avec ce qui, en nous, ne veut pas être domestiqué, de composer avec ces deux instances de soi que sont la raison et la passion.